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Qui triche vraiment dans le tableau de Georges de La Tour ?

Inspirée par les reconstitutions de tableaux foisonnant sur les réseaux sociaux à la faveur du confinement, la famille Mehl s’est prêtée au jeu lors du week-end de Pâques. Résultat : un bluffant Tricheur à l’as de carreau, version 2020, qui leur a valu un petit quart d’heure de célébrité…

Connaissez-vous Le Tricheur à l’as de carreau, du peintre lorrain Georges de la Tour ? Peut-être avez-vous déjà contemplé ce tableau du 17e siècle au Musée du Louvre, qui l’abrite. Mais avez-vous étudié attentivement sa composition, ses différents plans et niveaux de lecture, les jeux de regard entre ses quatre personnages ?

Désormais, tout ceci n’a plus aucun secret pour la famille Mehl, qui s’est prêtée au jeu de sa reconstitution façon crèche vivante, lors du dernier week-end de Pâques. On est alors en plein confinement et le « Getty Museum Challenge » bat son plein. Et ce qui ne devait être qu’un amusant défi entre amis s’est finalement transformé en une expérience inédite pour la famille Mehl : sa composition, applaudie sur les réseaux sociaux par de grands musées à travers le monde, a même été reprise par le magazine Historia qui lui a fait la faveur d’une parution en double page dans son numéro du mois de juin.

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Les « petits derniers » réquisitionnés

A l’origine de cette célébrité inattendue, il y a un défi, lancé sur les réseaux sociaux fin mars par l’institution californienne. On ne compte plus les Frida Khalo, muses diaphanes de Klimt et autres révolutionnaires français, ni les natures mortes réinterprétées avec les moyens du bord. Tous plus inventifs – voire farfelus – les uns que les autres. « J’avais été emballé par une Ophelia reconstituée dans la mare d’un jardin de campagne », se souvient Édouard Mehl, professeur à la Faculté de philosophie, « d’autant plus que l’original — du peintre préraphaélite John Everett Millais — est lui-même un à-la-manière-de…, ce qui ne donne que plus de saveur à ce pastiche au second degré ».

Devant la perspective d’un dimanche de Pâques privé d’agapes familiales, l’idée lui revient. Défi est lancé à trois couples d’amis et leurs enfants de livrer leur réinterprétation d’un tableau avant le soir-même. Ni une, ni deux, le père de famille s’improvise chef opérateur, metteur en scène et directeur de la photographie. Son épouse Céline, et Tristan et Bettina, ses « petits derniers » de 11 et 16 ans, sont réquisitionnés pour l’aventure. « Ils se sont dit au départ ‘‘Qu’est ce que c’est que cette idée ?’’. Mais finalement, ils se sont pris au jeu. J’ai conscience que sans cela nous n’aurions rien fait ! »

Version détourée sur fond noir, réalisée par la soeur d'Edouard Mehl,
Eléonore Mehl, photographe professionnelle (@tamos_photographie
sur Instagram).

Costumes faits maison

« Il a d’abord fallu trouver un tableau mettant en scène quatre personnages. » Une fois résolues les difficultés de costumes – « chacun a cherché le sien, ma femme détachant la fourrure de son manteau pour sa coiffe, mon fils transformant une ceinture orientale en col de chemise » –, le plus dur a été « de comprendre et retranscrire les jeux de regard entre les personnages. Il a donc fallu analyser le tableau, et le comprendre pour le refaire. Et si, finalement, le tricheur n’était pas celui que l’on croit ? ». Réalisée grâce à un téléphone, avec l’aide d’un retardateur, la reconstitution de la famille Mehl remporte haut la main les suffrages des participants au challenge amical, le soir venu.

De cette manière ludique d’occuper un dimanche de Pâques confiné, Édouard Mehl tire quelques leçons positives : « Passer un bon moment tous les quatre, mieux connaître l’histoire de l’art, apprendre à regarder un tableau, et, finalement, échanger avec nos enfants sur la question essentielle (pour eux) de la visibilité sur les réseaux sociaux ». Car c’est peut-être l’un des enseignements les plus frappants de l’expérience : « Alors que mon compte Twitter, dormait depuis deux ans sans le moindre abonné, l’effet a été immédiat, avec quelques 40 000 vues en quelques heures ». Au-delà de ce feu de paille numérique, l’aventure, dit-il, « lui a fait prendre conscience de la manière dont on peut semer et récolter des informations sur les réseaux sociaux. Twitter, certes, peut servir à faire du lavage de cerveau à échelle planétaire, mais tout n’est pas fini, et le défi, pour l’intelligence, est maintenant de se reconquérir elle-même, ce qui se fera collectivement ou pas du tout ».

E. C.

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