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Relations internationales : inventer et être agile !

Réunion du bureau relations internationales, le 22 avril : Joern Pütz (vice-président délégué, chargé des relations franco-allemandes), Philippe Turek (vice-président délégué, chargé de la coordination formation recherche à l’international), Rachel Blessig (directrice de la DRI) et Irini Tsamadou-Jacoberger (vice-présidente Relations internationales).
Réunion du bureau relations internationales, le 22 avril :
Joern Pütz (vice-président délégué, chargé des relations
franco-allemandes), Philippe Turek (vice-président délégué,
chargé de la coordination formation recherche à l’international),
Rachel Blessig (directrice de la DRI) et Irini Tsamadou-Jacoberger
(vice-présidente Relations internationales).

Qu’ils soient étudiants internationaux accueillis à Strasbourg ou étudiants de l’Unistra à l’étranger, ils sont plus de 2 000 en mobilité internationale. La vice-présidence et la Direction des relations internationales (DRI), avec les Correspondants relations internationales (Co-RI) des composantes, ont mis en place une dynamique pour trouver une solution adaptée à chaque situation.

« L’interruption d’une mobilité internationale ne devra pénaliser aucun étudiant. » L’engagement pris par Frédérique Vidal* est aussi celui de l’Université de Strasbourg. Dès l’annonce de la fermeture de l’établissement pour le lundi 16 mars, Irini Tsamadou-Jacoberger, vice-présidente Relations internationales, a écrit aux étudiants entrants et sortants. En substance : « Rester ou rentrer, la décision vous appartient, en fonction de la sécurité sanitaire du pays où vous vous trouvez et de votre souhait ».

« Les quelque 70 Correspondants relations internationales (Co-RI) dans les composantes ont été en première ligne dans la gestion de la crise, souligne Rachel Blessig, directrice des relations internationales (DRI). À leurs côtés, Angélique Daniel, Sandra Rebel, Pascale Ranson, Émilie Roos, Ophélie Converset et Anne Rajoie ont formé une véritable équipe de choc à la DRI pour la gestion de la crise. Il fallait chercher et garder le contact avec les étudiants, répondre au mieux à leurs interrogations, les orienter et trouver des solutions à leurs situations... Et ce, sept jours sur sept. »

Dès le 20 mars, une cellule conjointe de crise Covid-19 des ministères de l’Enseignement supérieur et des Affaires étrangères est mise en place. « Nous étions en lien permanent pour l’échange d’informations avec l’ensemble des acteurs », explique Rachel Blessig. Les relations avec les ambassades et consulats se sont aussi intensifiées, notamment pour résoudre les cas les plus complexes. Comme celui de Lise, au Liban, où les frontières ont rapidement été fermées. L’étudiante de la Faculté des arts « a fortement été soutenue par son Co-RI et le doyen, qui l’ont mise en contact avec le consulat à Beyrouth. Elle a pu rentrer dès qu’un vol de rapatriement a été proposé. »

Les communications officielles ont été relayées, pour une décision la plus informée possible. Ainsi, aux Etats-Unis, les ressortissants français étaient invités par le ministère à vérifier leurs conditions de prise en charge médicale. Reste une préoccupation : celle des étudiants n’ayant pas répondu. « Nous les relançons régulièrement, poursuit Rachel Blessig, et leurs coordonnées ont été transmises aux représentations diplomatiques françaises », pour ne laisser personne au bord du chemin.

Après une période de flottement – fermeture de certaines universités, passage aux cours à distance, incertitude sur les modalités d’examen ou la reprise des cours en présentiel –, la majorité des étudiants ont choisi de rentrer. Parmi les étudiants strasbourgeois en séjour à l’étranger, ils étaient 44 % début avril, puis 58 % à la mi-avril, à avoir quitté leur pays d’accueil.

Dans ce contexte, « faciliter la validation pédagogique de la mobilité internationale est une priorité », assure Irini Tsamadou-Jacoberger. La vice-présidente souligne aussi que la communication étroite au sein des réseaux nationaux et internationaux de l’enseignement supérieur a souvent permis d’anticiper des situations en perpétuelle mutation.

La mobilité, un projet « avant tout personnel »

Si 55 % des étudiants en provenance d’universités italiennes sont rentrés chez eux, il est difficile d’établir des constantes par pays d’origine ou de destination : « Une mobilité internationale reste avant tout un projet unique et personnel, rappelle Rachel Blessig. On le constate dans les messages des étudiants, très nombreux dès la mi-mars : beaucoup d’éléments personnels, subjectifs, entrent en ligne de compte ». Afin de ne pas pénaliser financièrement les étudiants, le Crous a assoupli et facilité les conditions pour quitter ses résidences universitaires.

Résolues à regarder l’avenir, Rachel Blessig et Irini Tsamadou-Jacoberger rappellent que « les relations internationales restent malgré tout dans une dynamique forte. Nous avons choisi de maintenir la préparation interculturelle pour le départ en mobilité de septembre ». Coordonné à la DRI par Ferid Muharemovic, l’événement, qui devait se tenir le 5 avril avec plus de 400 étudiants, s’est transformé en séances vidéo en ligne, avec un accès gratuit au documentaire Les enfants d’Erasmus. Et 25 étudiants volontaires ont été mobilisés pendant une semaine pour répondre aux questions que se posent les candidats au départ sur leur pays de destination. « Continuer à vivre la mobilité internationale, inventer et être agile : c’est l’esprit RI ! »

Elsa Collobert

* Dans une note du 20 mars 2020

Les chiffres ci-dessus ont été rassemblés au 9 avril 2020.

Ces statistiques concernent les étudiants en mobilité dans le cadre d'une coopération internationale (programme d'échange, double-diplôme ou diplôme multiple type Master Erasmus Mundus) ainsi que les étudiants sortants financés par Erasmus+ pour un stage à l'international.

Etudiants en mobilité entrante et sortante, ils témoignent...

Clara, licence 3 Biologie cellulaire et physiologie des organismes, réalisée en Erasmus à l’Université de Bergen (Norvège)

J’ai réalisé mon année d’études en Erasmus, à l’Université de Bergen en Norvège. L’université a fermé pour un mois, le 15 mars. Tous les cours ont été suspendus jusqu’à la fin de l’année. J’ai décidé de rentrer en Alsace, en pensant repartir là-bas après les vacances de Pâques, mais j’ignore pour le moment quand je vais pouvoir repartir. J’ai laissé mon appartement avec mes affaires là-bas. On nous demande de continuer de payer le loyer. C’est également le cas pour les étudiants qui ont fait le choix de partir définitivement. Mon Erasmus a débuté en août 2019 et devait se terminer en mai 2020. J’envisageais de rester dans cette université pour poursuivre en master.

Je suis actuellement dans la maison familiale. J’ai un ordinateur et le wifi, cela est suffisant.

Comme je suis en Erasmus, j’ai moins de cours qu’un étudiant en France. J’ai entre deux et six heures de cours par jour. Ils se déroulent sur Zoom avec tous les étudiants (des groupes d’environ 30/50 personnes avec le professeur) avec de nombreux échanges et la constitution de sous-groupes pour faciliter les discussions. Ensuite, j’ai le travail personnel, avec de nombreuses lectures.

Tout est très bien organisé. Les TD sont terminés donc nous n’avons pas de difficultés pour les manipulations. Une sortie sur le terrain sera remplacée par un devoir. Les oraux auront lieu à distance. Je profite de mon temps libre pour préparer mes candidatures pour les masters. J’aimerai déposer un dossier à l’Université de Bergen et dans une université à Montréal. J’ai également repéré des masters en France.

J’ai des nombreux échanges avec mes professeurs de Norvège et des discussions plus informelles avec mes amis restés là-bas. J’ai eu un bref échange avec l’Université de Strasbourg qui souhaitait savoir où je me trouvais actuellement. J’échange aussi avec mes amis en échange au Canada et en Autriche.

Tomás, en mobilité à Sciences Po Strasbourg, originaire du CEFET (Brésil)

La quarantaine est une période difficile pour nous tous, mais je pense que l'Université de Strasbourg a apporté le soutien nécessaire aux étudiants étrangers qui n'ont pas pu rentrer dans leur pays. Dans mon cas, la direction internationale de l'Institut d'études politiques est toujours en contact avec les étudiants en échange, ayant rapidement répondu aux doutes qui surgissent naturellement dans cette période, convertissant rapidement les évaluations en espace numérique et collectant des informations sur la santé psychologique des étudiants. Je remercie également les enseignants qui ont gentiment assoupli leurs évaluations et je souhaite des bonnes énergies aux élèves qui sont loin de chez eux et de leurs familles. Nous ne sommes pas seuls !

Ma décision de rester à Strasbourg a été motivée par la difficulté de rentrer au Brésil et la situation problématique que mon pays connaît dans la lutte contre le coronavirus. Si tout se passe comme prévu, je reviendrai fin mai, ce qui me permettra de prendre le temps de dire au revoir à cette ville qui m'a si bien accueilli. Être confiné dans un pays étranger, dans un logement de 9 m², est compliqué, car vous êtes loin de votre famille et de votre routine. Mais j'essaie de traiter ce moment comme une opportunité de gagner en maturité et indépendance. J'essaie de vivre chaque jour en faisant des choses différentes (même si c'est parfois difficile), alors que j'apprécie la chance de ne pas avoir de grandes difficultés. La communauté d'étudiants étrangers qui sont restés naturellement se renforce également, apportant un soutien important aux moments les plus difficiles. En ce moment de plus grand isolement et de sensibilité, chaque jour est une bataille. Mais chaque petite victoire devient la réalisation la plus spectaculaire !

Anna, licence 3 Sociologie, en mobilité à la National Chiao Tung University (Taiwan)

Je suis arrivée à Taiwan en septembre, pour y réaliser ma troisième année de licence. La première fois que j’ai entendu parler du Covid-19, je me trouvais au Vietnam. En apprenant l’apparition d’un nouveau virus en Chine, j’étais loin de m’imaginer l’impact qu’il allait avoir. Doucement, les hôtels ont commencé à fermer leurs portes aux touristes chinois. Les gérants nous regardaient avec insistance quand on leur donnait notre carte de résidence taiwanaise, et les gens portaient des masques. Puis les vols ont commencé à être annulés. Les amis ne pouvaient plus rentrer en France. La famille s’est inquiétée pour nous. Que faire ? Rester ? Rentrer ? Attendre ? 

Après quelques semaines de doutes, j’ai décidé de rester à Taiwan parce que je n’avais vraiment pas envie d’écourter mon échange et que je m’y sentais en sécurité. Aujourd’hui, je suis persuadée d’avoir fait le bon choix : ici, la vie continue. Les facs, les transports, les marchés, les restaurants, les entreprises, les bars. Tout fonctionne. Si le système taiwanais est si effectif, c’est grâce aux masques qu’on doit porter dans les transports ou les magasins, à la vérification quotidienne de notre température ou encore au gel hydro-alcoolique mis partout à notre disposition. Ici, la problématique des masques se résume à savoir s’il restera à la pharmacie d’autres couleurs que le rose… Cela peut paraître dérisoire mais cela représente bien comment la crise est vécue à Taiwan. Alors, quand je vois ce qui se passe ailleurs, en France, à Strasbourg, j'espère sincèrement que la situation s'améliorera au plus vite.

Lise, licence 3 Cinéma, en mobilité à l'Université Saint-Esprit de Kaslik (Liban)

Pour mon dernier semestre de licence, j'ai choisi de partir au Liban. Après un mois et demi, mon université ferme ses portes pour un délai d'une semaine, à cause du coronavirus. Une semaine de vacances en perspective : avec mon groupe d’amis, nous prévoyions déjà nos soirées et nos journées à la plage. Mais le virus arrive en Iran, puis au Liban. Le confinement libanais démarre. Le président français annonce la fermeture de l’espace Schengen. Les téléphones sonnent, mes parents s’enflamment à l’annonce de la fermeture prochaine de l’aéroport de Beyrouth. Mon cœur vacille et je suis face à un dilemme. Couper court à une mobilité que je prépare depuis plus d’un an et rentrer en France ? Rester au Liban mais ne pas savoir quand je peux rentrer ? Le doyen de la Faculté des arts m’a apporté un grand soutien tout au long de cette période, avec un suivi téléphonique régulier et rassurant. Non sans mal, j'ai finalement décidé de rentrer.

L’arrivée en France est pleine d’émotions, je mets plusieurs jours à me rendre compte que je suis de retour, à défaire mes énormes valises. Je garde la tête au Liban et 18 jours après mon retour, j’y suis toujours… Je suis encore les cours libanais en ligne et je prends des nouvelles du pays tous les jours.

Propos recueillis par Lucie Gonin

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