Université

Un maître-mot : l'adaptation !

Joseph Moran dans son nouveau bureau.
Joseph Moran dans son nouveau bureau.

Depuis la fermeture de l'université, le 16 mars, étudiants et enseignants-chercheurs tentent de s’organiser pour trouver des nouvelles modalités d’enseignements et d’apprentissage et poursuivre l’année universitaire depuis chez eux.

Joseph Moran a troqué son bureau flambant neuf d’Isis-2 pour une chambre de bonne aménagée pour l’occasion dans son appartement. « J’ai deux enfants en bas âge et il me faut du silence pour travailler », sourit le chercheur. Avec son équipe, il a contacté chaque étudiant de l’école universitaire Chimie des systèmes complexes (CSC), qu’il dirige. « Nous gardons le contact avec les étudiants par courriel et via un logiciel de messagerie. A cette période, ils sont censés être en stage partout dans le monde. Certains ne pourront pas avoir de résultats car ils ne peuvent pas faire d’expériences, mais tous seront notés sur leur rapport bibliographique. »

Manon Edo, étudiante en master Sciences du vivant, reconnaît sa chance de poursuivre son projet de recherche confortablement installée en plein cœur du Parc naturel régional du Pilat, dans une grande maison familiale qu’elle a pu regagner avant le début du confinement.

Thierry Rosique
Thierry Rosique

C’est également avec une vue sur un cadre arboré, mais avec les aléas d’une connexion internet limitée, que Thierry Rosique, enseignant-chercheur en géomorphologie (Faculté de géographie et d'aménagement) poursuit ses enseignements à destination des étudiants de première et deuxième année de licence.

S’appuyer sur les outils pédagogiques déjà existants

Grâce à un usage déjà régulier de Moodle, qui permet de déposer des documents et des exercices, le géographe aborde sereinement cette période d’enseignement à distance. « Avec mes collègues de l’UE, nous avions heureusement terminé de numériser et déposer l’ensemble des fonds de cartes nécessaires aux TD du second semestre juste avant la fermeture ! » Thierry Rosique partage son expertise avec ses collègues moins habitués à manier l’outil. Lui-même estime découvrir ou utiliser de nouvelles fonctionnalités tous les jours, comme l’outil de dépôt de devoirs et de correction en ligne. Il s’adosse également au forum et au tchat, pour échanger et programmer des rendez-vous avec ses étudiants.

Corentin Voisin s'est mis aux podcasts.
Corentin Voisin s'est mis aux podcasts.

S’adapter pour faciliter l’apprentissage

Les podcasts de Corentin Voisin, doctorant au sein du laboratoire Archéologie et histoire ancienne : Méditerranée – Europe (Archimède), sont eux destinés aux quinze étudiants du master Cultures littéraires européennes, dont il a la charge dans le cadre de cours de méthodologie pour la Faculté des lettres. « Je prévois également de me mettre à la vidéo. »

Virginie Zint enseigne en DUT Génie industriel et maintenance à l’IUT Louis-Pasteur. « Habituée à travailler partout », elle s’attache surtout à adapter ses cours, afin que « les étudiants puissent en retirer quelque chose. Un exercice qui demande une certaine agilité ». Parmi ses cours, des TP en automatisme et informatique industrielle ne pouvant être maintenus à distance quand ils nécessitent une pratique manuelle. Pour ceux exigeant « des logiciels associés, lourds et payants, ne pouvant pas être installés sur n'importe quel ordinateur », des alternatives ont été trouvées avec des TP gratuits et utilisables directement sur le web, comme Falstad et TinkerCad.

Virginie Zint au cours d'un TP en ligne.
Virginie Zint au cours d'un TP en ligne.
Léa Charles travaille dans sa chambre.
Léa Charles travaille dans sa chambre.

« Lutter contre la procrastination »

Étudiante en licence professionnelle Stratégie de la communication et de l'information numérique à l’IUT Robert-Schuman, en alternance, Léa Charles a décidé de mettre en place une nouvelle routine, afin de maximiser son temps. « Chaque lundi, je remplis mon emploi du temps de la semaine à partir des éléments et tâches fournis par le référent de l’IUT et mon responsable en entreprise ». Une méthode pour « lutter contre la procrastination ».

Quant à Manon Edo, elle poursuit ses échanges avec sa tutrice de stage par téléphone « pour faire le point sur l'avancée des projets. J'ai décidé de lui envoyer chaque semaine un rapport d'avancement de mon travail. » Un suivi quasi-personnalisé, qui demande beaucoup de temps aux enseignants-chercheurs. Céline Clément, professeure en psychologie et sciences de l’éducation (Institut national supérieur du professorat et de l'éducation-Inspé) reconnaît « atteindre ses limites, entre adaptations de cours pour Moodle, adaptations de comités de sélections, comités de suivi de thèse et accompagnement des étudiants », avec en parallèle la gestion des devoirs et la garde de ses enfants !

Coralie Schirru, étudiante en langues.
Coralie Schirru, étudiante en langues.

Entraide pour les révisions

Pour maintenir les liens et favoriser l’entraide entre étudiants, les initiatives se multiplient. Présidente de la jeune association russophone Krujok, Coralie Schirru, étudiante à la Faculté des langues, se réjouit : « Nous avons fait notre première réunion sur Discord et avons créé une initiative de soutien pour les révisions à distance. Nous profitons du confinement pour mieux structurer les projets à venir et rédiger les contenus pour notre newsletter dont le numéro d’avril contient un guide pour réviser en s'amusant. »

« Je n'ai pas la possibilité d'avancer sur mon projet de thèse loin de ma blouse et mes pipettes », admet Fabiana Sassone, doctorante à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (Inci), inscrite à l'Ecole doctorale Sciences de la vie et de la santé (ED 414). Restée à Strasbourg, l'Italienne tempère : « J'en profite pour étudier la littérature scientifique, approfondir mes connaissances et analyser les données dont je dispose déjà ».

Une résilience que l’on retrouve chez Zoé Charef, étudiante à la Faculté des langues, qui prépare les concours des écoles de journalisme : « Tous sont annulés ou reportés à des dates inconnues. C'est le flou, je ne sais plus vraiment quoi approfondir. Cela dit, je suis toujours l'actualité, bien qu'elle ne soit pas joyeuse... »

Clara Chombart, étudiante en troisième année de licence de biologie cellulaire et physiologie des organismes, actuellement en Erasmus à l’Université de Bergen, tente elle aussi de terminer son cursus à distance, après un retour précipité en Alsace. Une situation qui inquiète l’étudiante, qui continue de payer le loyer de son appartement norvégien, sans savoir quand elle pourra le regagner. Loin de ses camarades Erasmus, avec lesquels elle échange quotidiennement, Clara suit avec assiduité les cours en lignes quotidiens, tout en préparant activement ses dossiers de candidatures pour la rentrée prochaine.

Emeline Vercoullie et Marion Riegert

Les médecins de l'université e... Changer d'article  Confinement : la recherche se ...