Focus

Droits des femmes : vigilance permanente

Un programme foisonnant s’offre à la communauté universitaire à l'occasion de la Semaine internationale des droits des femmes*. Morceaux choisis d'initiatives menées à l'Université de Strasbourg, symboles de la mobilisation d'acteurs divers et variés pour porter au quotidien ce combat en faveur de l’égalité entre les sexes.

[Cours] Carton plein pour la lutte contre les discriminations

Stigmatisation d’une jeune sportive évoluant parmi un groupe d’hommes au moment de la puberté ; préjugés à l’encontre d’une jeune Asiatique ; mise à l’écart d’un homme maquillé et portant des bijoux… Par petits groupes, mêlant étudiantes et étudiants, le cours « Lutter contre les discriminations » prend pour point de départ les cas concrets tirés de leur propre expérience. « Le but est d’entamer un travail d’objectivisation, se rendre compte qu’on peut être à la fois victime de discrimination et porteur de privilèges », explique Joëlle Braeuner, l’une des intervenantes du cours. « Les discriminations peuvent aussi se cumuler », ajoute la sociologue, introduisant ainsi la notion d’intersectionnalité.

C’est donc volontairement que le module s’attaque aux discriminations dans leur ensemble, et non uniquement à celles liées au sexe, chaque lundi soir du second semestre. Une approche, destinée aux « non-spécialistes » (hors parcours sociologie, psychologie et enseignement), qui semble avoir trouvé son public, le cours affichant complet dès la première semaine. « La salle initiale du Patio étant trop petite, les cours ont lieu maintenant à l’Institut de physique », reconnaissent Isabelle Kraus et Eve Ballorain, la vice-présidente déléguée Egalité-Parité et la chargée de projets sur cette thématique, qui ne s’attendaient pas forcément à un tel engouement. A peine arrivée sur le poste, en octobre dernier, Eve a accompagné la mise en place de cet enseignement novateur, qui rassemble différents intervenants et intervenantes de l’Université de Strasbourg, enseignants-chercheurs et personnels administratifs : Michèle Forte et Nicolas Moizard (Institut du travail), Bénédicte Elias et Patricia Demorieux (Espace avenir), Patrick Vuillez (Sciences de la vie), Fabienne Rakitic (mission Handicap), Isabelle Kraus (Physique et ingénierie). Mais aussi des intervenants extérieurs, comme des représentants de l’association SOS Homophobie ou du défenseur des droits…

Un kaléidoscope de regards et d’approches, résultat d’une réponse commune à un appel à projets de la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU). Objectif : étudier les discriminations sous les angles de la sociologie autant que de la psychologie sociale et du droit. La semaine prochaine, à l’occasion de la Semaine internationale, focus sur les stéréotypes et les préjugés. A plus long terme, Isabelle Kraus espère amener davantage d’étudiants issus des sciences fondamentales vers le cours, « pour fournir à ces citoyens et citoyennes des outils d’analyse qu’ils et elles n’acquièrent pas forcément durant leur cursus ».

[Table-ronde] La science n’est pas réservée aux garçons !

Quatre chercheuses, face à 80 élèves de trois collèges et lycées de l’académie de Strasbourg : la table-ronde interactive était organisée le 11 février dernier, à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science initiée par l'ONU en 2016, et portée par le Jardin des sciences.

Objectif : montrer aux jeunes élèves, et notamment aux filles, que les études poussées en sciences, et notamment en sciences fondamentales, ne leur sont pas fermées. « Au lycée, les autres élèves m’ont découragée d’aller vers la science en me disant que ça allait être très dur », se souvient l’Espagnole Ada Nebot Gomez Moran, aujourd’hui chercheuse en astrophysique à l’Observatoire astronomique. Même si Douja Darej, doctorante tunisienne en physique des particules à l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC) et Jennifer Wytko, chercheuse d’origine américaine en chimie à l’Institut de chimie (IC) de Strasbourg, jugent leurs contextes de travail plutôt paritaires, Raquel Mela Lopez, post-doctorante à l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire (IBMC), pointe un déséquilibre dans l’occupation des postes : « On parle souvent des techniciennes et des chercheurs. Plus on monte, moins il y a de femmes ». Un constat partagé par Isabelle Kraus, elle-même physicienne, qui a ouvert la table-ronde : « Il y a davantage de femmes jusqu’au master. Ensuite, les chiffres s’inversent au fur et à mesure que l’on avance dans la carrière académique : doctorat, post-doctorat, professorat… » Un déséquilibre également visible dans les disciplines suivies par les étudiants : « En math-info, de même qu’en physique, les hommes sont nettement majoritaires. C’est l’inverse en sciences de la vie et en droit… »

Moins de 30 % des chercheurs dans le monde sont des femmes, selon les données de l’Institut de statistique de l'Unesco

Autre constat des femmes chercheuses de la table-ronde : leur carrière peut s’avérer plus difficile lorsqu’il s’agit de coordonner travail et vie personnelle. « Le congé maternité, c’est un an de pause qui se voit dans la carrière », fait remarquer Ada Nebot Gomez Moran, qui a déjà été confrontée au sexisme. « Des collègues ont dit par exemple que j’avais eu un poste grâce à mon compagnon. Il faut répondre, ne rien laisser passer. »

Il n’empêche que l’évolution vers davantage d’égalité est inéluctable, ne serait-ce que pour des raisons démographiques : « Il y a certes un enjeu de justice sociale. Il y a aussi un enjeu économique, souligné par la Commission européenne, avec le renouveau du marché du travail dans un continent vieillissant », a rappelé Isabelle Kraus.

[Affiche] Parcours remarquable

A l’image des affiches de femmes alsaciennes aux parcours remarquables qui fleurissent aux quatre coins de la ville, ces jours-ci, éditées par l’Eurométropole de Strasbourg, l’Université de Strasbourg a aussi fait le choix de mettre en avant une personnalité marquante, lors de sa dernière campagne de rentrée. Le visage stylisé de Marguerite Perey (1909-1975), professeure à l’Université de Strasbourg, assorti d’une courte biographie, a ainsi porté haut l’idée, en jaune et bleu, que les parcours d’excellence ne sont pas réservés aux hommes !

[Science et société] Côté recherche...

Estime de soi, retour de sensations perdues… L’association Fight for Dignity propose aux femmes victimes de violences de se réapproprier leur corps grâce au karaté, et ce dans un cadre thérapeutique. Une méthode fondée sur une approche globale de la prise en charge du traumatisme dont l’impact est étudié via une recherche-action menée par l’unité de recherche Sport et sciences sociales de l’Université de Strasbourg.

Elsa Collobert et Marion Riegert

* Organisée autour de la Journée internationale des droits des femmes/International Women’s Day, le 8 mars (selon l'appellation officielle de l'ONU)

27 événements pour une semaine dédiée aux droits des femmes

Un riche programme a été concocté à l’occasion de la Semaine de l’égalité. Les cinq jours, du 9 au 13 mars, seront rythmés par des rendez-vous instructifs, festifs, étonnants… Une quatrième édition, coordonnée par la mission Egalité-Parité de l’Unistra, qui s’enrichit au fil des ans de la participation de contributeurs de plus en plus nombreux : composantes, personnels, étudiants…

Difficile de tous les recenser, tant ils sont nombreux, mais parmi la trentaine d’événements, citons notamment le film surprise (mercredi 11 mars) et le stammtisch d’ouverture (lundi 9 mars, au Nouveau Patio), la journée spéciale au Cuej autour du sexisme et des médias (le 13), l’afterwork « Mixité et management » (jeudi 12 à la Misha), l’atelier de lecture « Femmes en exil » ou encore le repas pour débattre de la place des femmes dans la recherche (jeudi 12, à la Maison des personnels) et les propositions artistiques d'étudiantes et d'étudiants.

A noter que le service des bibliothèques s'associe pleinement à l'événement, en proposant une sélection thématique d’ouvrages sur le féminisme, les inégalités femmes-hommes, le sexisme, la parité, le harcèlement et les discriminations de genre.

Une convention pour mieux inté... Changer d'article  Annulation de la Journée porte...