Université

Data-centre : opération urbanisation

Pascal Gris dans l'une des trois salles urbanisées.
Pascal Gris dans l'une des trois salles
urbanisées.

Le data-centre de l’université a vocation à regrouper, à terme, tous ses serveurs. Tout est prêt pour accueillir les premiers d’entre eux, à compter du week-end des 23 et 24 novembre, prochaine étape de son urbanisation.

5 000 serveurs : c’est ce que pourra accueillir, à capacité maximale, le data-centre de l’Université de Strasbourg. Pour le moment, les racks métalliques (armoires) sont vides et les PDU, sortes de super-multiprises, ne sont pas encore connectés. L’installation de ces équipements a été pilotée par la Direction du numérique (DNum), depuis le mois d’avril, en charge également de déménager les premiers serveurs. Coup d’envoi ce week-end, raison pour laquelle de nombreux services de l’université vont être momentanément interrompus.

« Dans le cadre de l’Opération campus, était prévu un data-centre, qui s’est finalement concrétisé dans le cadre de l’extension de l'Institut de science et d'ingénierie supramoléculaires (Isis), pour disposer d’un espace plus ambitieux et d’une cohérence d’utilisation du foncier », explique Pascal Gris, responsable du département Infrastructures de la Direction du numérique (DNum), remontant le fil du projet. Au niveau de l’université, l’objectif est de regrouper en un même lieu les équipements informatiques actuellement répartis sur le campus. « Avec le data-centre, on se dote d’une infrastructure à l’état de l’art. » Comprenez : répondant aux plus hautes normes internationales, et notamment en termes de sécurité (contrôle de l’accès par badges et codes, surveillance vidéo, etc.). Des critères qui permettent au data-centre Unistra d’atteindre un niveau de disponibilité équivalent au Tier 3 tel que défini par l’Uptime Institute (moins de 1,6 heure d’indisponibilité par an).

Pour la conception de cet équipement de haute technicité, la Direction du patrimoine (DPI) a été épaulée par un Assistant à maitrise d’ouvrage (AMOA) spécifique, la société EBRC. La DNum a pris en charge son urbanisation et son exploitation. « La gestion des équipements "annexes", tels que la climatisation et l’électricité, est désormais externalisée, pour permettre une astreinte permanente », précise encore Pascal Gris.

Offre de service

Sur les 4 600 m2 de surface totale du bâtiment, 600 sont dévolus au data-centre, dont 450 de surface utile. Cet espace est essentiellement divisé en cinq salles, dont trois sont pour le moment urbanisées. L’une, pour les besoins de la DNum, accueillera tout d'abord les serveurs nécessaires à la recherche et au calcul haute performance, ainsi que les applications nécessaires au fonctionnement de l’université (sites web, applications pour l’enseignement et le travail administratif), dès janvier 2020. Pascal Gris table sur « 200 serveurs » installés d’ici la fin de l'année. La vocation de la deuxième salle est d’héberger d’autres serveurs. Cette offre de service est « destinée aux laboratoires associés à l’Unistra, mais aussi à des clients externes, selon un modèle de cercles concentriques : en priorité les clients du périmètre de l’enseignement supérieur et de la recherche, le secteur public puis le secteur privé, avec un critère de proximité géographique ». La demande d’hébergement de serveurs ne cesse en effet de croître, et proposer une telle offre permet d’amortir de façon non négligeable le coût de l’équipement et de son entretien. Une autre salle dispose d’un accès encore plus sécurisé (classée « zone à régime restrictif »), pour les serveurs hébergeant des données sensibles, à caractère personnel.

Conception novatrice

Au vu des enjeux, tous les équipements sont redondants, c’est-à-dire qu’ils ont été doublés (et même triplés dans le cas de l’alimentation énergétique). La conception du bâtiment, novatrice, doit lui permettre d’être deux à trois fois plus efficace que le système actuel. Parce qu’un data-centre produit une quantité importante de chaleur, deux puits ont été forés : l’eau captée dans la nappe phréatique contribuera à son refroidissement et viendra compléter les groupes froids classiques. Pompée dans la nappe à 40 mètres, l’eau sera rejetée en circuit fermé avec quelques degrés de plus, sans impact sur le milieu (contrôle de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement). La chaleur produite par l’activité des groupes froids permet d’alimenter les bâtiments voisins en chauffage, en particulier lors des mi-saisons. Une conception éco-responsable qui a valu au data-centre une reconnaissance de l’Union européenne (lire encadré).

Elsa Collobert

Haute performance énergétique reconnue

« Principal enjeu d’un data-centre aujourd’hui ? Sa consommation énergétique », avance Romaric David, responsable du data-centre et pilote de son urbanisation. Un outil européen distingue les équipements particulièrement économes : le code de conduite européen sur l’efficacité énergétique des data-centres (photo : lors de la remise du certificat).
Dès sa conception, l’université s’est donc lancée dans le montage d’un dossier pour y faire figurer son data-centre… Résultat : une participation non seulement validée par la Commission européenne – le data-centre cochant environ 190 des 200 critères exigés – mais aussi un prix de meilleur data-centre européen 2019 ! Une distinction plutôt flatteuse, quand on considère l’exigence des critères et le nombre de structures validées (35 françaises, dont seulement quatre du domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche, et 350 au niveau mondial). Une distinction, partagée entre le site de l’Esplanade et la salle de calcul haute performance de la Meinau, obtenue grâce à la double innovation de la « combinaison géothermie/récupération de chaleur et la séparation des flux chaud/froid dans les salles. C’est valorisant pour montrer l’avance de nos bonnes pratiques, notamment vis-à-vis de nos futurs clients. »

Visite en images du data-centre

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