Focus

La science ouverte, incontournable règle du jeu de la recherche

Yannick Hoarau, vice-président délégué Recherche en charge des données de la recherche et de la science ouverte, et Mathieu Schneider, vice-président Culture, Science en société
Yannick Hoarau, vice-président délégué Recherche
en charge des données de la recherche et de la science
ouverte, et Mathieu Schneider, vice-président Culture,
Science en société

L’université travaille à la formalisation de sa politique générale en matière de science ouverte dans un  texte en cours d'adoption. Tour d'horizon avec Yannick Hoarau (vice-président délégué Recherche en charge des données de la recherche et de la science ouverte) et Mathieu Schneider (vice-président Culture, Science en société), à l'occasion de l'Open Access Week 2019.

Les orientations et textes nationaux (loi pour une République numérique, 2016) et européens (plan S, positionnement de la LERU) impulsent la dynamique de science ouverte. L’Université de Strasbourg s’engage concrètement à mettre en accès libre tous les savoirs et les données produits par la recherche publique et à développer des outils pour rendre ces éléments compréhensibles par tout type de public. Le premier aspect comprend notamment la plateforme d'archives institutionnelles des établissements alsaciens d'enseignement supérieur et de recherche, univOAK, lancée en 2015 et inaugurée en mai dernier, par dépôt systématique de la dernière version auteur d’un article1 accepté. Un système de correspondance avec HAL, l’archive nationale, existe. Les données associées aux publications pourront aussi être disponibles sur univOAK. « Il s’agit de l’une des principales dispositions du texte en cours d’adoption à l'Unistra qui anticipe une règle nationale imposant l’obligation de versement de publication dans une archive ouverte au 1er janvier 2021 », précise Yannick Hoarau. Depuis la présentation du texte aux directeurs des unités de recherche, mi-septembre, le nombre d’articles déposés sur UnivOAK a bondi (36 436 publications sur UnivOAK, contre 28 000 il y a un an).

Une révolution dans le monde de la recherche. « Il existe depuis le début des années 2000 un mouvement qui prône le libre accès aux résultats et contenus de la recherche financée par des fonds publics. C’est une attente légitime de nos concitoyens, précise Mathieu Schneider. Car il est au fond normal que ce qui est financé par des fonds publics soit accessible, avec les précautions éthiques qui s’imposent, à tous. Il est aussi normal qu’une institution qui produit de la recherche n’ait pas à payer pour pouvoir lire les publications qui en découlent. »

Un changement de paradigme

La science ouverte nous conduit également à un changement de paradigme concernant le modèle dominant des revues à haut facteur d’impact : « Il s’agit de renverser la logique pernicieuse selon laquelle un chercheur est évalué au regard de son nombre de publications et de citations », poursuit Yannick Hoarau. « En d’autres termes, faire en sorte de lire plutôt que compter, regarder le contenu des publications avant leurs statistiques », complète Mathieu Schneider. Et d’ajouter : « Il faut changer notre modèle d’évaluation de la recherche vers une lecture multicritère d’une publication, qui prenne en compte bien plus que sa seule notoriété. » Se dirige-t-on vers la fin de la toute-puissance de Science et Nature ? « Il ne s’agit pas de fustiger une revue plus que l’autre, mais sortir d’un modèle purement comptable de l’évaluation de la recherche. » Une chose est sûre, dans cette phase de profonds changements, « il faut être à la fois proactifs et à la pointe de l’anticipation ».

Présentation de la plateforme collaborative Oscahr par Julie Morgen, lors de l'Open Access Week 2018.
Présentation de la plateforme collaborative Oscahr
par Julie Morgen, lors de l'Open Access Week 2018.

Côté pile, un nouveau fonctionnement. Côté face, un changement de modèle économique : jusqu’à présent, les chercheurs payent pour accéder aux contenus scientifiques des revues ou des plateformes. Dans le nouveau système, on ne paiera plus pour lire mais pour publier. « Le travail des éditeurs a un coût ; si les publications sont accessibles à tous, alors il faut bien que quelqu’un le prenne à sa charge. Les programmes de financement européens ont déjà intégré ces nouvelles dépenses des auteurs dans leur modèle économique de financement de la recherche », précise Yannick Hoarau.

Science citoyenne

Corollaire de la science ouverte, la mise à disposition des données de la recherche2 devrait favoriser les collaborations interdisciplinaires et permettre l’émergence de thèmes de recherche novateurs. Ce qui suppose de sensibiliser, le plus en amont possible, les jeunes chercheurs à la thématique, mais aussi les chercheurs déjà en activité et les personnels des bibliothèques et des presses universitaires, dont le travail est de plus en plus lié. Un travail avec l’Urfist est en cours pour intégrer cette dimension à la formation. Quant aux Presses universitaires de Strasbourg (PUS), voilà cinq ans qu'elles ont entamé leur virage numérique, passant en édition ouverte (Open Edition) toutes leurs revues et ouvrages.

Ouvrir la recherche, ce n’est pas seulement donner accès à ses contenus et données. C’est aussi permettre aux citoyens de participer aux processus et protocoles de recherche, là où cela fait sens. Pour Mathieu Schneider, c’est « une formidable opportunité de (re)créer du lien avec la société, ce qui est tout de même originellement à la base de la démarche scientifique, qui ne peut pas se penser en soi, mais s’inscrit nécessairement dans un contexte social. » Les recherches et sciences participatives, lancées à travers un premier appel à projets Idex en 2019, sont pleinement constitutives de la démarche de la science ouverte. En associant les citoyens à la recherche, sous quelque forme que ce soit, il est possible de changer le regard souvent distant et – hélas – défiant porté sur la science, recréer un lien entre chercheurs et citoyens et, parfois même, contribuer indirectement à la formation de ces derniers. Tout cela ne se fait ni sans outils ni sans structures. Mais pour cela, avec le Jardin des sciences, la Maison pour la science en Alsace et la plateforme Oscahr, l’université est bien dotée !

1 La version auteur correspond à la version finale du manuscrit acceptée pour publication, c’est à dire la version comportant les révisions intégrées à la suite du processus d’évaluation par un comité de lecture (peer-reviewing). L’expression « version finale acceptée pour publication » renvoie ainsi à la version validée par l’auteur avant mise en forme de l’éditeur et bon-à-tirer (BAT), qui donne le feu vert à la dernière phase du processus d’édition
2 Dans le respect des principes d’intégrité de la recherche et FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable)

La science ouverte en tête d’affiche du 21 au 26 octobre

Tout en affirmant sa volonté d'apporter sa contribution à la définition de la science ouverte, conformément aux réglementations nationales, européennes et internationales, l’Université de Strasbourg s’engage très fortement dans cette thématique. En organisant notamment la Semaine de la science ouverte, Open Access Week*, du 21 au 26 octobre 2019, en concordance avec une initiative internationale.

Orchestrés au sein de notre université, ces sept jours rythmés par plus d’une trentaine d’événements (conférences, ateliers, formations) seront aussi l’occasion d’expliciter et d’illustrer par des exemples de réussites la politique science ouverte de l’établissement. Temps-forts de l’événement :  deux conférences d’ouverture, « Success stories : les expériences des chercheurs » et « Open science : what is changing ? » (table-ronde modérée par Alain Beretz) ou encore un data challenge.

 Venez nombreux écouter et débattre du libre accès à la science !

* Bénéficie de l'Initiative d'excellence, dans le cadre des Investissements d'avenir

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