Université

« Fêtons la chimie créative et responsable »

Après ses 20 ans1, l’Ecole européenne de chimie, polymères et matériaux (ECPM) fête les 100 ans de son diplôme d’ingénieur chimiste. Entretien avec sa directrice, Sylvie Begin, à quelques jours des festivités…

D’abord, un peu d’histoire…
Notre particularité, c’est que le diplôme que nous délivrons encore aujourd’hui est issu d’un laboratoire de recherche. La promotion 1919 ne comptait que quatre diplômés ! Ce nombre n’a fait qu’augmenter : ils sont désormais une centaine chaque année.
Point d’orgue des festivités des 100 ans : les vendredi 31 mai et samedi 1er juin, avec des conférences d’invités prestigieux, comme Jean-Marie Lehn et notre alumni Jean-Pierre Sauvage (promotion 1967), et un dîner de gala au Palais de la musique et des congrès. Sans oublier que des événements ont et vont ponctuer toute l’année 2019…

C’est-à-dire ?
Nous avons mis sur pied un ambitieux programme : 100 ans, 100 actions ! L’année est en particulier rythmée par trois forums « Innovation ECPM recherche/industrie », chacun consacré à l’une des thématiques stratégiques de notre école : la santé (15 et 16 mai), puis l’environnement et l’énergie.
Un cycle de conférences2 est aussi programmé, en octobre prochain, avec le Jardin des sciences et le CNRS (pour ses 80 ans) et autour de la Fête de la science. « Lego des molécules », « nanoparticules pour la santé » ou « catalyse et transition énergétique » sont parmi les sujets choisis par les chercheurs qui interviendront auprès du grand public, issus de nos cinq laboratoires associés3.
Nos chercheurs et nos élèves, au travers d’ateliers scientifiques et de tutorats, sont aussi mobilisés pour aller à la rencontre des élèves des collèges et lycées du quartier Cronenbourg, dont nous sommes partenaires à travers les Cordées de la réussite.

Revenons aux deux jours de fête des 31 mai-1er juin. Vous attendez du monde ?
Entre nos alumni, leurs enfants, nos étudiants actuels, nos personnels et nos chercheurs, plus de 1 000 personnes ! On ne s’y attendait pas. Nous avons remarqué un pic d’inscriptions dans les promotions des années 1965 à 1970 (autour de l’année de diplôme de Jean-Pierre Sauvage !). Nous pensons aussi que nos alumni sont curieux de voir les locaux dans lesquels nous sommes installés depuis 1995. C’est un défi d’organisation : Patrice Palma a été embauché à temps plein sur cette mission et travaille de concert avec Caroline Schmitt, responsable du service Relations internationales de l’ECPM. Nous avons aussi la chance de bénéficier du soutien de l’université, de la Fondation pour la recherche en chimie, de l’Eurométropole, de la Région et de partenaires industriels.
Nos élèves actuels sont aussi mobilisés, à travers l’organisation d’ateliers scientifiques de vulgarisation pour les juniors de nos alumni.

C’est important de les associer à ces célébrations ?
Très, car cela participe à la construction du réseau, dont nous leur parlons beaucoup. Cela permet aussi de les fédérer autour de la vision et des valeurs de l’école.

Quelles sont-elles ?
L’Institut de développement et d’innovation pédagogiques (Idip) nous a aidés à définir la vision de notre formation : « Développer les talents pour promouvoir une chimie créative et responsable, dans un contexte international ». Lors de notre cycle de formation d’ingénieurs en recherche et innovation, nous insistons beaucoup sur l’importance des soft skills. D’où les cours hors spécialité, comme le programme « Sciences humaines, sociales et économiques »4. Nous réfléchissons aussi à la meilleure manière de valoriser leur engagement extra-scolaire.
L’international fait partie de l’ADN de l’école : plus de 30 % de nos diplômés s’insèrent en premier emploi à l’étranger. Nous avons une bonne base de partenariats (Allemagne, Espagne, Canada, Singapour, Hong Kong…) qu’il ne s’agit pas tant d’étoffer que d’approfondir.
Actuellement, 15-20 % de nos étudiants font leur 3e année à l’étranger, 10 % en contrat de professionnalisation : à terme, nous souhaiterions arriver à 50 % pour les deux.
Nos liens avec les entreprises sont aussi essentiels, 50 % de nos diplômés s’insérant dans l’industrie chimique. Nos partenaires stratégiques seront d’ailleurs bien représentés lors des deux jours de fête, à travers la présence de représentants de Soprema, Dow, de la PME Novalix ou encore de notre alumni Ilham Kadri, aujourd’hui PDG du leader belge de la chimie, Solvay (table-ronde consacrée au développement des talents).

Propos recueillis par Elsa Collobert

1 Née de la fusion de l’École de chimie de Strasbourg, de l’École d’application des hauts polymères et du magister matériau de l’UFR de physique de l’Université Louis-Pasteur, l’ECPM a fêté ses 20 ans en 2016
2 Coordonné par Corinne Petit, directrice-adjointe et Mourad Elhabiri, responsable Recherche de l’ECPM
3 Laboratoire d'innovation moléculaire et applications (Lima) UMR 7042, Institut de chimie et procédés pour l'énergie, l'environnement et la santé (Icpees) UMR 7515, Département sciences analytiques - Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (DSA-IPHC) UMR 7178, Institut Charles-Sadron (ICS) UPR 22 et Département de chimie des matériaux inorganiques - Institut de physique et chimie des matériaux de Strasbourg (DCMI-IPCMS) UMR 7504
4 Géré par la directrice-adjointe, Corinne Petit, et la directrice des études, Véronique Hubscher

Les attentes des futurs ingénieurs chimistes

D’un côté, une attente de solutions d’avenir, de l’autre une défiance croissante du grand public : la période est cruciale pour la chimie, et donc pour l’ECPM. L’école a récemment fait le choix de se recentrer sur la thématique « chimie et matériaux pour la santé et l’environnement », en s’appuyant sur ses quatre majeures : chimie moléculaire, sciences analytiques, ingénierie des polymères et matériaux et nanosciences.
« La chimie est trop communément associée à la pollution, au désherbage, déplore Sylvie Begin. Pourtant, elle est un levier pour répondre aux problèmes environnementaux et sociétaux actuels. » Et, selon la directrice de l’ECPM, les jeunes qui intègrent l’école ont bien compris quel vivier potentiel d’innovation elle représente : « Ils sont nombreux à être animés par l’envie de développer des nouveaux matériaux bio-sourcés, des polymères biodégradables, de travailler sur les sources d’énergie alternatives au pétrole mais aussi des nouveaux médicaments, des agents de diagnostic et thérapie… ».

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