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« Le doctorat enfin reconnu certification professionnelle »

Joëlle Hubé et Véronique Bulach.
Joëlle Hubé et Véronique Bulach.

La récente inscription du doctorat au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ouvre la porte à une meilleure reconnaissance du diplôme par le monde de l’entreprise. Le point avec Véronique Bulach, vice-présidente déléguée recherche Formation doctorale et Joëlle Hubé, responsable du Collège doctoral de l'Université de Strasbourg.

L’arrêté du 22 février 2019, publié le 6 mars au Journal officiel, inscrit le doctorat au RNCP1 : une victoire ?
V.B. : Ça peut paraître incroyable, mais dans le système européen LMD (licence-master-doctorat), ce dernier était le seul diplôme non-inscrit au RNCP !
J.H. : Cette inscription était demandée de façon unanime par les associations de docteurs et le réseau national des collèges doctoraux. Le projet a été porté par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, à travers sa Direction générale de la recherche et de l’innovation.

En quoi consiste cette inscription au RNCP ?
J.H. : Cela se traduit par 22 fiches élaborées en 2018, réparties par domaines (agriculture, finance, urbanisme, défense…). Chacune décline des blocs de compétences, disciplinaires mais surtout transversales, transférables, communes à tous les docteurs : mener à bien un projet de recherche, répondre à une problématique, travailler en équipe, conduire une étude prospective et une veille scientifique, évoluer dans un contexte international...

Qui avait intérêt à voir le doctorat reconnu comme certification professionnelle ?
V.B. : Tout le monde ! Du côté de l’université, les doctorants, d’abord, car cette inscription donne au doctorat une meilleure visibilité. Mettre fin à la méconnaissance de ce qu’est un docteur et ses compétences éclairera d’un jour nouveau le vivier de collaborateurs qu’ils constituent pour le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir un employeur préférer embaucher un ingénieur (bac +5) à un docteur (bac +8) car il ne connait pas les compétences des docteurs. Ce n’est pas le cas en Allemagne, où le doctorat est reconnu pour ce qu’il est : une formation à la recherche, par la recherche, un diplôme à bac +8, dont trois dans le contexte professionnel d’un laboratoire. Tout comme le RNCP, ces fiches sont à destination du monde de l’entreprise.
J.H. : Cette évolution s’ajoute à un mouvement global prenant davantage en compte la notion de compétence professionnelle dans la formation doctorale.

C’est-à-dire ?
J.H. : Une réforme de 2016 pose le cadre du doctorat, avec différents jalons (comité de suivi après un an, réunions avec le directeur de thèse, élaboration d’un projet professionnel, 100 h de formations disciplinaires et transversales obligatoires2, etc.), définis dans le cadre d’une convention individuelle de formation.

Elsa Collobert

1 RNCP : Registre établi par la Commission nationale de la certification professionnelle (sous la tutelle de la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle du ministère du Travail). Il a pour objet de tenir à la disposition des personnes et des entreprises une information à jour sur les diplômes et les titres à finalité professionnelle, reconnus sur l'ensemble du territoire national. Il contribue à faciliter l'accès à l'emploi, la gestion des ressources humaines et la mobilité professionnelle.

2 Parmi lesquelles des formations dédiées à la méthodologie de la recherche, mais aussi des  formations ciblant l’enseignement et la diffusion de la culture scientifique et des formations permettant de préparer le doctorant dans sa poursuite de carrière.

Doctorat : l’épineuse question de l’insertion professionnelle

En dotant le doctorat d’un cadre lié à sa professionnalisation, l’inscription au RNCP braque aussi le projecteur sur la question du devenir professionnel des titulaires d’un doctorat. « Il est désormais admis que l’insertion des docteurs dans la recherche du secteur public n’est plus la règle (moins de 20 %), observent de concert Joëlle Hubé et Véronique Bulach. Ces chiffres sont annoncés au candidat dès l’entrée en formation. » Elles se félicitent du taux d’insertion à trois ans de « 89 %, encore plus élevé pour les titulaires d’un double diplôme ingénieur-doctorat* ».
L’enjeu d’une meilleure connaissance du profil d’un docteur par les entreprises, qui représentent le gros des troupes des employeurs potentiels, est donc crucial. D’autant que de nouveaux métiers liés à la valorisation de la recherche font leur apparition.

* Source : Observatoire régional de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle des étudiants-Oresipe (Unistra/UHA)

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