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Plongée dans le processus créatif avec la compagnie L'Harmonie communale

Deux scènes de la maquette de la pièce ont été présentées jeudi 10 septembre à l’Atrium, devant un public restreint.
Deux scènes de la maquette de la pièce ont été présentées
jeudi 10 septembre à l’Atrium, devant un public restreint.

Associé à l’Université de Strasbourg pour deux ans, l’auteur François Hien était en résidence à l’université, du 7 au 11 septembre dernier. Il y a répété et présenté une maquette de sa pièce La Honte. Intense et dérangeante, elle explore avec finesse et habileté la complexe question du consentement et de la culture du viol*, en la situant dans le milieu universitaire.

Dans La Honte, le spectateur est pris à partie : il est le public venu assister aux auditions de la doctorante Géraldine Ruben et de son directeur de thèse, Louis Worms, qu’elle accuse de viol. Cette dernière a signalé son comportement à l’université qui garde le silence, provoquant ainsi un tollé. La commission d’enquête créée ad hoc est chargée d’éclaircir l’affaire, et en public, pour lever les soupçons de partialité.

Consentement et zone grise

Au cours du récit des deux protagonistes et de l’interrogatoire menés par deux enseignants de la commission, se dévoilent toute l’ambiguïté, la subjectivité et la complexité de la situation. Pas de contrainte physique, mais pas non plus de refus clair de l’étudiante. Consentement, zone grise, culture du viol, domination hiérarchique, masculinisme, féminisme, séduction, relations homme-femme et intergénérationnels, la pièce aborde toutes ces questions délicates avec justesse et un verbe ciselé, parfois cru. François Hien a écrit la pièce suite à l’affaire Weinstein et au mouvement #MeToo, qui l’a « énormément frappé ».

François Hien est auteur, comédien et co-dirigeant de la compagnie L'Harmonie communale. Crédit : Nicolas Ligeon.
François Hien est auteur, comédien et co-dirigeant de la
compagnie L'Harmonie communale. Crédit : Nicolas Ligeon.

Ces deux scènes, répétées pendant cette première semaine de résidence à l’université, ont été présentées jeudi 10 septembre à l’Atrium, devant un public restreint, essentiellement des étudiants et enseignants de la Faculté des arts. « Je tenais à vous féliciter. Quand j’ai vu "Audition de Géraldine Ruben", j’ai eu un peu peur, mais votre jeu et l’écriture sont très naturels, vrais. Je me suis vraiment pris au jeu, je suis agréablement surpris », commente un des étudiants à l’issue de la représentation. « J’ai été impressionnée par la manière très fine dont vous avez saisi la complexité de ces questions, les différentes perceptions et interprétations, les positionnements des uns et des autres. La force de votre texte nous permet de sortir de notre propre positionnement, on peut s’identifier à chaque personnage », ajoute une psychologue du Centre d'accueil médico-psychologique universitaire de Strasbourg (Camus).

Débat mouvant

Pendant la résidence, les étudiants en master Arts du spectacle ont partagé trois matinées de répétition avec la compagnie, plongeant ainsi au cœur du processus créatif théâtral. La compagnie a pu bénéficier du regard de ce public-test et enrichir sa mise en scène. Elle leur a aussi proposé un « débat mouvant », un outil de l’éducation populaire. « C’est un public très agréable, des jeunes adultes qui ont déjà des positions très fortes et qui ne sont pas encore contraints par la vie professionnelle. Les échanges ont été très intéressants, très fructueux », souligne l’auteur.

La pièce sera jouée dans son intégralité à Strasbourg à l’automne 2021.

Stéphanie Robert

* Concept sociologique utilisé pour qualifier un ensemble de comportements et d'attitudes partagés au sein d'une société qui minimisent, normalisent, voire encouragent, le viol.

François Hien, artiste associé (2020-2022)

A l’initiative de Sylvain Diaz, directeur du Service universitaire de l'action culturelle (Suac), l’Université de Strasbourg s’associe pour deux saisons à un artiste contemporain, pour lui permettre « d’habiter l’université » et « replacer le geste artistique au cœur de l’action culturelle ».

Auteur de romans, d’essais et de pièces de théâtre, réalisateur de films documentaires, comédien, François Hien a suivi des études de cinéma à Bruxelles, et de philosophie par correspondance. Il avait participé à la résidence du Collectif X à l’Université de Strasbourg, en 2018.

Cette association verra se succéder différents évènements dans le champ de la création (résidences), de la diffusion (présentation du travail de l’artiste au public strasbourgeois), de la formation (ateliers) et de la programmation de la future saison culturelle (accueil d’artistes qui accompagnent son parcours).

François Hien reviendra en octobre 2020 pour animer un laboratoire de dramaturgie à destination des étudiants du master Arts de la scène et du spectacle vivant. En mars 2021, il présentera à l’Université de Strasbourg sa pièce L’Affaire Correra.

 

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