Université

« Réaffirmer le rôle du journaliste en prise avec la réalité »

Christophe Deleu et Rafaële Brillaud
Christophe Deleu et Rafaële Brillaud

Christophe Deleu est le nouveau directeur du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (Cuej) depuis le 1er septembre. Avec Rafaële Brillaud, qui a pris les nouvelles fonctions de directrice des études, ils forment l’équipe de direction de cette école de journalisme intégrée à l’université.

Pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours ?

Christophe Deleu : Cela fait plus de dix ans que j’ai intégré le Cuej. J’ai réalisé ma thèse sur le thème de la radio et de l’expression des anonymes dans ce média. Je continue aujourd’hui à travailler dans ce secteur, notamment pour France Culture. Avant d’être élu directeur, j’étais responsable de l’enseignement radio et continue mes recherches au sein du laboratoire Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage) en sciences de l'information et de la communication.
Rafaële Brillaud : Je suis tout juste de retour en France, après avoir été correspondante au Japon pour différents médias, dont Libération ou Sud-Ouest. J’ai principalement exercé en tant que free-lance, autant en presse écrite que pour la télévision et la radio, et beaucoup dans le journalisme scientifique. En accédant à ce poste, je m’accorde enfin un moment pour réfléchir, avec un certain recul, à ce métier, que j’ai vu beaucoup évoluer en vingt ans. Je compte pour cela sur le dialogue croisé entre professionnels, universitaires et étudiants.
C. D. : Notre gouvernance a été pensée comme bicéphale, avec Rafaële issue du terrain et moi plutôt du milieu universitaire.

De quelle manière orientez-vous votre direction ?

C. D. : Le changement de gouvernance était déjà amorcé. Avant nos prises de fonctions, nous étions déjà dans une participation collective à la gestion de l’école, notamment pour la construction des nouvelles maquettes. C’est dans cet esprit que j’ai élaboré mon projet de direction, partagé et soutenu par l’équipe. L’un des points déterminants a été la création du poste de directeur des études. Le volet apprentissage de notre formation fait partie des chantiers que nous souhaitons développer.
R. B. : Déployer le réseau des anciens, trouver les bons intervenants extérieurs, les structures d’accueil des stagiaires, accompagner l’orientation des étudiants, mener une veille sur l’évolution des médias… Autant de domaines d’interventions qui me permettront de guider et d’aider les étudiants dans le métier. Leur transmettre ma passion et leur donner les meilleures armes face aux difficultés qu’ils vont rencontrer : c’est ce qui va m’animer au quotidien.

Comment se positionner en tant qu’école de journalisme, alors que le métier traverse des mutations et des questionnements sans précédent (défiance, gratuité, information des jeunes via les réseaux sociaux…) ?

C. D. : L’univers professionnel du journalisme est en tension, se précarise. Nous devons accompagner au mieux les étudiants dans leur projet professionnel, de la création d’une maison d’édition à la correspondance à l’étranger, en passant par la presse quotidienne régionale. A nous également d’accentuer notre communication, pour casser les représentations souvent fausses liées à ce métier. Pour beaucoup de lycéens rencontrés aux Journées des universités (JU), il reste inaccessible. L’UE libre Initiation au journalisme et aux médias, proposée depuis deux ans1 et que nous souhaitons pérenniser, est un bon moyen pour toucher davantage d’étudiants. Nous souhaitons l’ouvrir à toutes les facultés, pour un recrutement diversifié.
R. B. : Si je prends mon exemple, j’ai étudié les mathématiques et la philosophie, et je n’ai jamais pensé devenir journaliste. Ce qui fait la richesse de ce métier, c’est aussi la diversité de ses profils ! Je me pose moi-même de nombreuses questions sur son évolution, les moyens et le temps consacré au traitement de l’information ne cessant de se réduire. Il est important que nos étudiants se saisissent de la question de l’image des journalistes et de leur responsabilité. J’aimerais ouvrir davantage le Cuej, par exemple par le biais de temps de rencontres des étudiants avec les habitants des quartiers strasbourgeois ou des pays dans lesquels ils se « délocalisent »2. On pourrait aussi imaginer trouver un modèle économique pour nos publications. C’est très important que nos étudiants se confrontent au retour du public, des lecteurs, pour garder à l’esprit que l’exercice d’écriture n’est pas déconnecté de la réalité.

Propos recueillis par Elsa Collobert et Frédéric Zinck

1 L’UE a bénéficié pour son lancement d’un financement Idex
2 La délocalisation de la fin du cursus à l’étranger fait partie de l’identité du Cuej, depuis 1994 (Albanie en 2019, Vietnam en 2018, Madagascar en 2017, etc.)

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